RDC-Formation du gouvernement : Le FCC remporte la bataille mais non la guerre

Alors qu’une bonne partie de l’opinion publique s’attendait à la nomination d’un informateur pour identifier, de manière formelle, la majorité parlementaire, un communiqué portant la signature de Néhémie Mwilanya et de Jean-Marc Kabund, respectivement Coordonnateur du Front Commun pour le Congo ( FCC ) et Président du Cap pour le Changement (CACH) rendu public, hier soir, est venu couper-court à cette longue attente, du reste, légitime.

Le communiqué dont il est question stipule que ce qui suit:  » Après les échanges et débats fructueux du 04 au 06 Mars courant, il se dégage que le Front Commun pour le Congo détient, de manière documentée, la majorité absolue à l’Assemblée nationale au sens de l’article 78 alinea 1ier de la constitution ».

D’après plusieurs observateurs, une telle démarche viole systématiquement le même article susdit qui révèle que « Le président de la République nomme un premier ministre au sein de la Majorité parlementaire après consultation de celle-ci…Si une telle majorité n’existe pas, le président de la République confie une mission d’information à une personnalité en vue d’identifier une coalition… »

À vrai dire, le FCC et le CACH ont fait le travail dévolu à un informateur. Car, il est connu de tous qu’il n’existe pas un regroupement ni un parti politique légalement établi qui a réussi à avoir, lui seul, la majorité parlementaire. Dans ce cas, il revenait seul à l’informateur d’initier le mécanisme de la mise en place d’une coalition, gouvernementale soit-elle, non pas en dehors du parlement comme c’est le cas présentement mais plutôt à l’intérieur de l’Assemblée nationale.

La démarche entreprise par les deux formations politiques présentent plus des désavantages et des avantages pour l’actuel président de la République. Il se voit automatiquement bloquer d’espérer à la constitution d’une Majorité Présidentielle autour de lui susceptible de l’aider à faire passer ses réformes sans aucune difficulté. En outre, le FCC a pris soin de fermer la porte du gouvernement à d’autres courants politiques au sein de l’hémicycle du palais du peuple. De deux, une majorité parlementaire constatée et une coalition gouvernementale obtenue en dehors de l’espace parlementaire pourrait plutôt servir à un groupe d’individus qu’à l’intérêt supérieur de la nation.

Là où le bat blesse c’est lorsque dans le communiqué du FCC-CACH, les signataires personnalisent leur démarche en citant nommément Joseph Kabila, l’ex-président, comme si ce dernier était redevenu une institution en miniature. On lui fait des recommandations dans le même lot que le président de la République en ces termes :  » De ce fait, les deux plateformes politiques recommandent à l’autorité morale du FCC, Président de la République Honoraire, d’accomplir les devoirs de sa charge permettant au Chef de l’État de procéder à la désignation du Formateur du Gouvernement ; À son excellence monsieur le Président de la République de nommer diligemment ledit formateur du gouvernement. »

Neamoins, le point fort de ce communiqué se situe au niveau de sa première paragraphe lorsque les deux plateformes inscrivent le souci de la bonne gouvernance parmi les motivations ayant concouru a leur initiative.  »Soucieux de préserver, dans l’intérêt supérieur de la nation, les acquis de l’historique passation pacifique du pouvoir qui a eu lieu le 24 janvier 2019, de conforter le climat ambiant de paix ainsi que la stabilité du pays, d’assurer la BONNE GOUVERNANCE et LE BIEN-ÊTRE DU PEUPLE… », peut-on lire dans ce document.

Il revient dès à présent au Chef de l’État d’apprécier le bien fondé de l’option levée par ces deux formations politiques dans lesquelles l’UDPS fait partie. Dans le cas où il adhère à cette vision, c’est-à-dire, il accepte de nommer directement un Formateur ( Premier ministre), le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi devrait, cependant, relancer son projet de la mise sur pied d’une code de bonne conduite avec le FCC afin de se fixer les lignes rouges à ne pas franchir dans le cadre de la bonne gouvernance.

Notons, par ailleurs, qu’au mois de février dernier, les cadres de l’UDPS avaient déjà indiqué que leur parti était prêt à organiser des manifestations des rues contre les ministres, magistrats et mandataires publics qui s’évertueront à voler l’argent de l’État ou à marcher sur les lois du pays. Quoi de plus normal d’indiquer que rien n’est encore perdu. Le CACH a, certes, perdu la bataille, en cédant aux caprices du FCC, mais pas la guerre. Car, le peuple, victime d’une souffrance atroce durant 18 ans du précédent pouvoir, devra demeurer la sentinelle de la suite des événements.

Qui vivra verra!

Hervé Mulumba

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