Voici une très belle interview d’Abraham Luakabuanga, actuel directeur de la presse Présidentielle, à LIBERTÉ PLUS, il y a 2 ans

Pour couper court à tous les rumeurs autour des grandes lignes d’actualité politique en RDC,

ABRAHAM LUAKABUANGA : «NOUS SOMMES RESPECTUEUX DES TEXTES. QU’ON NE VIENNE PAS NOUS DEMANDER TROIS NOMS. ON NE DONNERA JAMAIS TROIS NOMS»

Liberté plus s’est entretenue avec monsieur Abraham Luakabuanga. Il est secrétaire général adjoint en charge de la communication et médias de l’UDPS. Au menu de notre échange, les points ci-après:
– L’application de l’accord politique de l’inter diocésain ;
– La restructuration du Rassemblement ;
– Le retour et le lieu de l’enterrement de la dépouille mortelle d’Étienne Tshisekedi à Kinshasa.
En toute opiniâtreté et d’une manière apaisée, Abraham Luakabuanga appelle le peuple congolais à la vigilance et de se prendre pacifiquement en charge. Il invite aussi le président Joseph Kabila à s’impliquer considérablement pour l’application dudit accord. Car, a-t-il indiqué, « en cas du non respect de l’accord, le premier à ne plus être proclamé président de la République c’est monsieur Joseph KABILA ».
Ci-dessous l’interview.

Liberté Plus : Bonjour monsieur Abraham !

Abraham Luakabuanga : Bonjour !

Liberté Plus : Liberté plus s’est intéressée aujourd’hui à vous. Quelle est votre impression par rapport à notre approche ?

Abraham Luakabuanga : Je crois que c’est un souci de rechercher la vérité parce qu’en RDC, les rumeurs sont souvent devenues des vérités. Donc, votre souci de venir rechercher l’information à la base m’édifie et me pousse à accepter votre demande d’interview.

Liberté Plus : Pour nous vous n’êtes pas une personne à présenter. Mais qu’est-ce que nos lecteurs peuvent retenir de vous ? Qui est monsieur Abraham Luakabuanga ?

Abraham Luakabuanga : Il a 54 ans allant sur 55. Il est secrétaire général adjoint en charge du département de la communication, information et médias de l’UDPS. Egalement éditeur du journal « Echo du Rassemblement », propriétaire d’une chaine online Radio code 243 et il est marié.

Liberté Plus : Vous le savez autant que nous que l’accord de la Cenco a été officiellement signé depuis le 31 décembre 2016. Nous sommes actuellement au mois de mars 2017. L’application de l’accord pose toujours problème, même après la mort d’Etienne Tshisekedi. D’où vient, d’après vous, le blocage ?

Abraham Luakabuanga : Le blocage vient dans le chef du président de la République, monsieur Joseph KABILA. Je le dis avec force, parce que tout récemment la Cenco a tenu une conférence de presse où elle a, notamment, demandé dans ses recommandations que le président de la République s’implique un peu plus dans le processus de la mise en application de l’accord de la Cenco.
Il s’avère que tout a été fait le 31 décembre 2016 : Joseph KABILA a été reconduit dans ses fonctions pour une période maximum de 12 mois, étant donné que le gouvernement qui sera issu de cet accord doit en principe organiser les élections à la fin de l’année 2017. Et, vous saviez tous que ce qui a été retenu à la Cenco tourne autour de l’accord politique et les arrangements particuliers lesquels devaient déboucher sur la désignation du premier ministre, la nomenclature des ministères et le chronogramme de toutes les activités. L’article III.3 de l’accord stipule clairement que c’est au Rassemblement de pouvoir présenter un candidat afin que celui-ci soit nommé par le président de la République selon l’article 78 de la constitution. Les discussions se sont tenues dans les couloirs. On a passé plus de deux jours où nous sommes restés presque 24h/24h éveillés pour parler et discuter de la RDC avec nos frères de la Majorité Présidentielle. Nous sommes tombés sur un accord lequel accorde au Rassemblement la possibilité de donner le nom du premier ministre.
Le président du Rassemblement, alors en vie, s’appelait Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Qu’a-t-il fait ? En bon démocrate, Étienne Tshisekedi a eu à consulter les plateformes qui se retrouvent au sein du Rassemblement, notamment l’AR, le G7, la dynamique, bref tout le monde a été consulté et un consensus est sorti derrière un nom, celui de Félix-Antoine Tshisekedi. Le courrier a été officiellement envoyé et déposé avec la proposition du Rassemblement autour du nom de Félix Tshisekedi qui, normalement, devrait être entériné comme premier ministre ! Aujourd’hui, on ne comprend pas par quelle magie nos amis d’en face reviennent pour dire qu’il nous faut trois noms. Si on veut parler de trois noms c’est-à-dire que l’accord n’est plus applicable, puisque dans l’accord on dit qu’il faut présenter qu’un seul nom ! Devrions-nous repartir en arrière et rediscuter de l’accord ? On veut bien ! En ce moment-là, si vous voulez qu’on parle de trois noms, on peut mettre d’abord Joseph Kabila de côté pour dire que vous n’êtes plus président de la République. Nous repartons et mettons tout à zéro. Ça veut être quoi ? Ça veut être le chaos en RDC.
Ce que nous demandons à l’heure qu’il est, et, les évêques l’ont dit de manière diplomate, mais nous, nous le disons peut-être de manière crue : « nous demandons simplement au président Joseph Kabila de nommer la personne qui a été présentée. Et, cette personne c’est Félix Tshisekedi. Je crois que là on aurait déjà bien avancé sur le chronogramme comme tel. Nous venons de perdre soixante jours pour quelle raison ? Pourquoi ces tergiversations ? D’où viennent cela ?
C’est malheureusement un signe de mauvaise volonté. Je martèle pour dire, la cenco l’a dit avec ses mots, l’implication plus profonde du président de la République est importante. Cela veut dire qu’il n’est pas impliqué. On peut donc comprendre que monsieur Joseph Kabila voulait juste obtenir une prolongation de son mandat et puis commencer à faire yoyo : un jour, il se donne, l’autre jour, il se retire!
Je crois que nous sommes respectueux des textes. Qu’on ne vienne pas nous demander trois noms. On ne donnera jamais trois noms.

Liberté Plus : Vous, l’udps, vous avez initié la restructuration du Rassemblement. Pourquoi cette initiative en ce moment précis ?

Abraham Luakabuanga : Tout simplement parce que du vivant d’Étienne Tshisekedi, il y avait des choses qu’on devait parfaire. Toute organisation doit être parfaite. La dimension politique de la personne d’Étienne Tshisekedi étant aujourd’hui irremplaçable, une question nous est venue à l’esprit : comment faire par rapport aux autres politiques restés que nous respectons mais qui n’ont pas le même poids politique qu’Etienne Tshisekedi ? Qu’est ce que nous devons faire pour gérer au mieux ce grand Rassemblement ? Je crois que ce sont les raisons profondes qui ont poussé qu’il y ait quelques modifications. D’autres ajouts apportés permettront en ce moment-là d’avoir une collégialité au niveau de la gestion du Rassemblement, parce que personne ne remplit les critères pour remplacer monsieur Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Il est irremplaçable ! Trente ans de combat politique, vous ne le prenez pas comme ça en deux mois ou en deux ans. Même si certains de nos partenaires au sein du Rassemblement ne le comprennent peut-être pas, il est important qu’on puisse être entouré des garde-fous pour que le Rassemblement ne vole pas en miettes.

Liberté Plus : Et, cette restructuration devrait-elle intervenir avant ou après le choix du successeur d’Étienne Tshisekedi ?

Abraham Luakabuanga : Le président Etienne Tshisekedi était quelqu’un d’intègre ; quelqu’un qui n’a jamais dévié des objectifs de son combat. Ce n’est pas le cas de la majorité d’entre nous qui sommes restés. Donc, pour que nous puissions nous entourer des garde-fous nécessaires, je crois qu’il était important que nous puissions procéder à ces modifications. Ensuite, faire une présentation du nom. Cela permettra de mieux gérer. Vous savez : Etienne Tshisekedi lui-même était plus qu’une institution. C’était plus que l’Udps. C’était plus que le Rassemblement. Vous l’avez vu ici dans la ville de Kinshasa lors de ses retours ou lors de ces meeting où plus 3 millions de gens se mobilisaient autour de lui.

Liberté Plus : La famille politique et biologique d’Etienne Tshisekedi ont annoncé le retour de la dépouille mortelle d’Etienne Tshisekedi pour ce 11 Mars. Mais, finalement cette nouvelle a été mal accueillie au sein de la population occasionnant même des échauffourées à la permanence de l’Udps.

Abraham Luakabuanga : D’abord, je tiens à préciser que nous en tant que l’UDPS, nous n’avons pas annoncé une date, quand bien même nous sommes de cœur avec la famille biologique d’Etienne Tshisekedi. La décision a été prise plutôt à Bruxelles par la famille biologique du sphinx de Limete qui nous a fait parvenir également un communiqué annonçant le retour du corps d’Etienne Tshisekedi à Kinshasa le 11 Mars. J’aimerai vous dire que nous sommes démocrates. Tout le monde n’est pas de cet avis-là. Mais il faudrait à la fin trouver un compromis. Parce que l’Udps a toujours fonctionné avec la volonté du peuple congolais. Que dit la base ? La base dit une chose et c’est ce que nous avions dis tous ensemble : que ça soit la famille ou nous, nous enterrerons le président Tshisekedi si et seulement si le premier ministre est nommé. Ils l’ont dit, nous l’avons dit, nous étions ensemble.
Nous avons été quelque peu surpris par cette annonce. Mais au jour d’aujourd’hui, la chose la plus importante c’est de nous dire ce que nous allons faire pour que le peuple ne se sente plus frustré. Que le peuple ne dise pas que certaines personnes auraient été corrompues. C’est un problème de communication mais c’est aussi un problème de consensus. Une date a été avancée. Était-ce la bonne date ?
Avec ce que la base a réservé comme réponse, il y a lieu de pouvoir en tenir compte. Je crois que les informations sont bien arrivées à Bruxelles où se trouve maman Marthe, les autres frères ainsi que le frère du défunt que je salue. Ils ont surement eu un rapport de notre secrétaire général adjoint, monsieur Félix Tshisekedi, qui hier a du affronter cette masse populaire à la permanence de l’UDPS pour calmer la colère des combattants suite à l’annonce de l’arrivée de la dépouille mortelle du président à Kinshasa.
Je crois que ces informations vont remonter au niveau de la famille et une décision sera prise dans les prochains jours. Parce qu’au vu de la réaction de la population le 01 mars, cela n’est pas trop bon. Je ne vois pas dans quelle condition sécuritaire le corps d’Etienne peut rentrer le 11 mars, vu également les déviations et les manières dont la police congolaise et les services de sécurité se comportent, j’ai bien peur que ça soit une catastrophe.

Liberté Plus : Vous voulez dire que c’est trop tôt d’affirmer aujourd’hui que la dépouille mortelle d’Etienne Tshisekedi rentrera à Kinshasa ce 11 Mars ?

Abraham Luakabuanga : Je crois que ce serait trop tôt. Je ne vois pas des mesures sécuritaires à même d’encadrer la masse ce jour-là. Et, de deux : je répète encore que le premier préalable est que le peuple demande que Félix-Antoine Tshisekedi soit nommé premier ministre. Sans qu’il y ait atermoiement ou reprises des discussions à la Cenco, c’est ce que dit l’accord. Tout ce que nous demandons c’est cette application. Que le président Joseph Kabila signe la nomination de Félix, vous verrez que la tension va baisser.

Liberté Plus : Où va-t-on enterrer monsieur Tshisekedi ? La question fait aussi couler beaucoup d’encre !

Abraham Luakabuanga : Au nombre de propositions enregistrées parmi nous, notamment le rond-point Mandela, le palais de Justice ou encore le palais de la justice, L’UDPS a retenu la permanence qui appartient, par ailleurs, à l’UDPS et les travaux se feront à nos propres frais.
Il sera souhaitable qu’on nous laisse enterrer Etienne Tshisekedi dans notre permanence. C’est un lieu mythique. C’est vrai que nous avons effectué une visite le 02 mars au cimetière de la Gombe où l’hôtel de ville aménage un mausolée pour le président Etienne Tshisekedi. Mais dites-moi quelqu’un qui va venir de Kingasani, Masina, Maluku ou du haut de la ville et que les responsables des fédérations de l’UDPS se disent on va aller voir notre président. Vous allez avoir plus de 10 milles personnes qui vont passer par le boulevard du 30 juin. Les gens ne se rendent pas compte de ce qui va être créée comme cacophonie ou comme difficulté pour la circulation. Et, avec cette police qui aime bien tirer sans sommation, nous risquons de connaitre encore plus des difficiles.
Qu’il nous comprenne. Nous le disons en tant que personnes responsables. Etienne Tshisekedi nous a laissé une lutte non armée. C’est celle-là que nous allons continuer.
Je tiens également à rappeler qu’au stade actuel, si le président Kabila arrive à signer la mise en application de cet accord par la désignation du premier ministre, on aurait suffisamment avancé. Je crois que même les officiels du pouvoir pourraient modestement venir se mettre à coté de ceux de l’opposition et ensemble, nous allons pleurons ce héros national.

Liberté Plus : Nous sommes à la fin de notre interview. Qu’est ce que vous pouvez dire à la population et à la diaspora congolaise ?

Abraham Luakabuanga : A la diaspora : soyez toujours vigilante. Vous savez comment nous avons souvent travaillé. Mais referez-vous aux meilleures sources. Là vous avez Liberté Plus, un autre organe qui est venu et qui existe. Ayez l’habitude de poser des questions avant de pouvoir vous engager. Cherchez la bonne information avant que les rumeurs ne puissent vous conduire à vous comporter de manière qui ne sera peut-être pas meilleure. Donc, soyez toujours à la recherche de l’information. Soyons toujours vigilants comme nous le disions : Ingeta toujours. Lisu likolo ya lisu.
Aux congolais de Kinshasa et d’ailleurs, je dirais : soyons également vigilants. Que la dépouille mortelle d’Etienne Tshisekedi ne soit pas ici un élément que l’on se verserait pour un combat d’une certaine manière. Honorons cet homme et son combat. Il nous a laissé quelque chose. Il nous a dit : « prenons-nous en charge ». Je demande à tout un chacun de se prendre en charge dans la non-violence et dans le respect. C’est ce qui nous a amené à aller à la Cenco sans avoir tiré une balle et nous avons obtenu ce que nous avons obtenu : pas de troisième mandat pour Kabila, pas des prolongations, pas de changement de constitution. Bref, on les a obtenu sans les armes et en discutant sous la supervision du président Tshisekedi qui nous avait envoyé la Cenco. Je demande aussi à tous les congolais d’être regardant. Il ne faut surtout pas que le président Joseph Kabila ne respecte pas cet accord. Car, en cas de non respect, le premier à ne plus être proclamé président c’est lui.

Liberté Plus : Merci monsieur Abraham.

Abraham Luakabuanga : Merci Liberté Plus

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *