RDC-Interview: «En décrétant la gratuité de l’enseignement de base sur l’échiquier nationale, FATSHI s’est attiré la farouche opposition de la Cenco et de l’église Catholique»

C’est dans ces termes que s’est exprimé le Révérend Pasteur Élisée Kasanda, Responsable Principal de l’église Centre évangélique les Ouvriers de la moisson, CEOM en sigle, au cours de ce qui est devenu une tribune à coeur ouvert de LIBERTÉ PLUS.

Le Révérend Pasteur Élisée Kasanda a, dans sa 4e sortie médiatique, déclaré que le Chef de l’État, SEM Félix Tshisekedi, a essuyé une succession des foudres de la part de l’église Catholique en général, et de la Cenco, en particulier. La cause est bien simple : «la gratuité de l’enseignement de base a arraché la viande de la bouche du clergé catholique».

Ci-dessous l’intégralité de l’interview qu’il nous a accordée.

LIBERTÉ PLUS : Révérend Pasteur Élisée Kasanda, Bonjour ! Dans votre 4e intervention à travers « la tribune à cœur ouvert de Liberté Plus, qu’avez vous à transmettre au peuple congolais et au peuple de Dieu qui vous suit régulièrement dans ce magazine?

Rév. Pasteur Élisée Kasanda : Merci pour votre question. J’ai une mise au point que je qualifie de pertinente en rapport à l’amalgame observé dans le chef de l’église Catholique, en général, et de la Cenco , en particulier. Il s’agit principalement des opinions controversées émises par le clergé Catholique au regard de la gouvernance de la République. Ils donnent l’impression de vouloir en même temps une chose et son contraire. Et, les exemples sont légion.

Prenons le cas de l’enseignement. Depuis la signature par le Chef de l’État, SEM Félix Tshisekedi, de l’ordonnance rendant obligatoire et gratuit l’enseignement de base sur toute l’étendue de la RD Congo, le clergé catholique a été la première institution religieuse à faire obstruction à la mise en application de cette décision hautement salvatrice. Budget inapproprié, frais de fonctionnement non couvert par l’État, les structures d’accueil insuffisantes pour recevoir les enfants en chômage dont le nombre dépassait celui des enfants scolarisés, etc. Bref, autant des raisons pour justifier le report de l’exécution de la volonté exprimée par le Chef de l’État de banaliser les études primaires, en les rendant accessibles à tous les enfants de notre pays.

Mais, en oscultant les causes profondes de leur obstination, on se rend immédiatement compte qu’ils ont des intérêts énormes à défendre la prise en charge scolaire supplée par les parents d’élèves. Ils réalisent des millions de dollars chaque année sur le dos des pauvres parents tenus de débourser jusqu’à 600$ par élève dans des écoles Catholiques. C’est d’autant clair que la Cenco s’agite pour la viande que leur a arrachée de la bouche la décision présidentielle.

L.P.: Jusque-là, Révérend, vous n’avez pas ressorti l’amalgame dans l’attitude de la cenco.

Rév. Pasteur Élisée Kasanda : il n’y a pas de doute que depuis l’indépendance, l’église catholique s’est rangée au côté du peuple, avec notamment la conscience africaine à l’époque du cardinal Malula.

Malheureusement, de plus en plus, elle s’écarte de cette voie pour s’ériger en « Parti d’opposition », même lorsque les intérêts du peuple sont pris en compte dans la gestion de la res publica.

Pour des personnes qui luttent en faveur de l’amélioration des conditions de vie du peuple, ils devaient s’abstenir de s’opposer à la décision du Chef de l’État en rapport à la gratuité de l’enseignement primaire.
Car, à la fin, pour quel peuple s’évertuent-ils? N’est-ce pas pour les enfants des démunis, des parents aux revenus modestes, des policiers et des militaires ? Dès lors, comment comprendre une église qui se refuse à faire la philanthropie, même quand il faut accompagner le gouvernement à réaliser les projets sociaux.

Pourtant, c’est la première option de l’église après la mission qui lui incombe d’évangéliser. Elle doit aider les pauvres et concourir à l’émergence d’une société un peu plus égalitaire tel que l’a si bien dit le Révérend pasteur Martin Luther King, d’heureuse mémoire. Une société où chaque citoyen peut trouver sa part dans la répartition du revenu collectif.

L.P.: Apparemment, Rév Pasteur, vous n’êtes pas tendre aujourd’hui avec l’église catholique. Avez-vous des antécédents ?

R.P. Élisée K.: Pas du tout. Dès lors qu’une église sort de son cadre et se croit tout permis à cause notamment de sa taille et de son ancienneté pour exercer le néo colonialisme, elle n’a pas sa place dans notre pays.

L.P.: Révérend, dans un élan de générosité à l’endroit de l’ancien Dircab du Chef de l’État, l’église catholique a déclaré compatir au malheur qui frappe monsieur Vital kamerhe suite à son inculpation à 20 ans de prison. Quelle lecture avez-vous sur cette appréciation ?

R.P. Élisée K. : Vous tombez à point nommé, monsieur le journaliste. Il est absurde d’entendre la Cenco manifester de la compassion à l’endroit de ce compatriote qu’ils ont eux-mêmes vilipendé dans l’affaire des 15 millions $ de rétro commission sur les produits pétroliers et dont le nom figure parmi les acteurs majeurs de cette forfaiture. En son temps, ils ont exigé de la lumière sur cette affaire demeurée suspendue jusqu’ici.

Mais, voilà qu’aujourd’hui, Comme par enchantement, ils veulent se montrer plutôt bienveillant a son égard, après que ce dernier ait subtilisé plus de 50 millions $, tel que vous le savez.
À mon avis, c’est une manière voilée de s’opposer à la décision de la justice, mais aussi, un moyen de manifester leur mécontentement à l’égard du pouvoir de FATSHI.
En d’autres termes, tout ce qui se fait sous l’autorité de Fatshi porte une connotation péjorative et ne peut pas être de leur goût.

Qu’ils cessent de se moquer du peuple qui, à travers les actions du Chef de l’État, savoure les prémices d’un sauvetage certain destiné à les délivrer du mal dans lequel l’avait plongé l’ancien pouvoir.

L.P.: Révérend Élisée, nous voici au terme de notre entretien de ce jour. Avez-vous un dernier mot ou plutôt un souhait?

R.P. Élisée : Au regard de la situation politique de l’heure, s’il me faut émettre un voeu, c’est celui de voir la Cenco se muer en parti politique au lieu de faire l’hypocrisie, en se camouflant derrière certains noms.

Cependant, je peux vous rassurer qu’ils ne feront pas long feu. Car, même leurs fidèles se désolidariseront d’eux à cause du tribalisme et de la politique de deux poids, deux mesures qui les caractérisent; quand c’est tel, ça va et quand c’est tel autre, ça ne va pas.

J’invite le peuple à la vigilance face à des contradictions flagrantes auxquelles nous sommes régulièrement confrontées. Je vous remerci!

Propos recueillis par Hervé Mulumba, LIBERTÉ PLUS, Juillet 2020

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